Formations interdites

Publié le par articles-enbata

Présent ou absent

 

Les deux nouvelles formations issues de l'ex-Batasuna, D3M et Askatasuna risquent fort d'être absentes aux  prochaines élections. Environ 150.000 voix abertzale rayées de la carte électorale pèseront lourd dans le résultat final.

 

Enbata n°2066 du 12 février 2009

 

D

EUX sûretés valent mieux qu'une. Les juges espagnols ont mobilisé deux instances pour être sûrs d'empêcher deux formations politiques basques d'être présentes aux prochaines élections autonomiques du 1er mars. Baltasar Garzón à l'Audiencia nacional d'un côté, la Cour suprême de l'autre, ont lancé des procédures à l'encontre de deux formations considérées comme émanant de l'ex-Batasuna déjà interdit: Demokrazia 3 millioi (D3M) et Askatasuna. Elles étaient à ce jour inconnues du public et la seconde a été fondée il y a plus de dix ans, avant la promulgation de la loi d'Aznar visant à interdire tout parti considéré comme trop proche de ETA ou ne le condamnant pas dans ses déclarations. Martin Scheinin, rapporteur spécial à l'ONU pour les droits de l'homme, vient de rendre public un rapport dans lequel il s'émeut de cette situation. Il y évoque le non-respect du «principe de légalité» en Pays Basque, la «réduction de la liberté d'association et d'expression» et critique fortement la loi organique sur les partis politiques qui permet d'interdire ONG, journaux et partis en Euskal Herri. Mais il est à craindre que ce rapport sera dépourvu de tout effet et, comme les précédents, moisira longtemps sur quelque étagère, dans l'indifférence de l'opinion internationale. L'exception basque, en somme. Mais pas celle que l'on croyait.  Il y a tout lieu de croire qu'une opération de dernière minute, comme hier ce fut le cas avec le lancement d'un parti tel que EHAK, Parti communiste des terres basques, ne pourra avoir lieu pour engranger l'électorat de la gauche abertzale proche de Batasuna. Ce courant n'aura donc d'autre ressource que d'appeler à l'abstention. Une telle situation signifie qu'environ 150.000 voix du camp abertzale passeront à la trappe du père Ubu puisqu'elles ne seront pas comptabilisées et seront dépourvues de toute représentation. En revanche, les neuf députés actuels d'EHAK seront répartis dans le calcul de l'attribution des élus à chaque parti présent dans ce scrutin à la proportionnelle. L'absence des voix de la gauche abertzale donne automatiquement plus de poids au camp espagnoliste PSOE et PP. Un ou deux députés de plus au profit de tel ou tel se jouera dans certains cas à quelques centaines, voire quelques dizaines de voix, dans la mesure où le calcul se fait au plus fort reste.

 

Gipuzkoa et Gasteiz

Lors des dernières élections aux Cortés, le PSOE a devancé le PNV de plus de 100.000 suffrages dans la Communauté autonome. Certes, le type de scrutin organisé le 1er mars, favorise les partis locaux plutôt que les formations étatiques, mais tout laisse à penser que le résultat sera fort serré. Il se jouera pour l'essentiel en Gipuzkoa, là où le vote indépendantiste et donc en principe l'abstention, sera la plus élevée. Dans cette province, la carte électorale est fortement fragmentée et des recompositions sont attendues. Le PNV, du fait de crises internes et d'affaires de corruption, peine ici à reconquérir une hégémonie qu'il détient depuis longtemps en Biscaye. EA fait cavalier seul, ce qui constitue aussi une donnée nouvelle par rapport au scrutin précédent. Les résultats obtenus dans la capitale Gasteiz où vit 80% de la province d'Alava seront également regardés à la loupe, dans la mesure où là aussi, le corps électoral fortement divisé, sans qu'émerge une force de façon significative et durable.   Le PP traverse lui aussi une crise grave, aussi bien en Pays Basque avec la démission récente de sa figure de proue, qu'en Espagne avec une sombre affaire d'espionnage interne entre factions rivales. Le PSOE au pouvoir à Madrid peine à répondre à une situation économique catastrophique, la crise financière internationale révélant les grandes faiblesses de l'économie espagnole trop basée sur la consommation et l'immobilier.

 

Volonté socialiste de bi-polarisation

L'issue du scrutin du 1er mars reste donc assez ouverte. Patxi Lopez, leader local du PSOE, affiche sa conviction qu'il est en passe d'occuper le fauteuil de Lehendakari. Il fait tout pour tenter une bi-polarisation du débat en se posant comme  «le changement tranquille», face à Juan José Ibarretxe. L'arrivée des socialistes au pouvoir dans la Communauté autonome constituerait un séisme politique, elle paraît toutefois bien difficile: le PSOE peut arriver en tête comme en 1986, mais il n'obtiendra pas la majorité absolue de 38 sièges... Il devra pour gouverner trouver des partenaires. Une alliance avec le PP semble exclue. En revanche, le PSOE apprécierait que le PNV lui renvoie demain l'ascenseur, dans la mesure où le parti de José Luis Rodriguez Zapatero a déjà approuvé le budget du gouvernement de Juan José Ibarretxe. Comme les députés PNV ont voté pour le budget du gouvernement espagnol. La perspective d'un gouvernement socialiste largement minoritaire et donc contraint de rechercher des alliances ponctuelles pour gouverner, semble bien compliquée et manquer d'efficacité en ces temps d'incertitude économique. Sur fond de propagande, les scénarios plus ou moins crédibles vont bon train sur l'après 1er mars.

 

Arnaud Duny-Pétré
Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article