L'affaire Labéguerie lever équivoque

Publié le par articles-enbata

Lever une équivoque

 

Le dernier congrès national du mouvement Enbata du 30 avril 1967 a décidé de porter le «cas Labéguerie»  à la connaissance de l’opinion publique par la voix de son journal. Cette décision fait suite aux débats des Congrès nationaux précédents  de 1965 et 1966, où ce cas fut longuement examiné. Le texte ci-après a été rédigé à l’unanimité par l’équipe fondatrice du journal Enbata (à l’exception de MM. Michel Eppherre et Labéguerie) et approuvé à l’unanimité par le Comité directeur du mouvement Enbata.

 

Les militants d’Enbata connaissent la position de leur mouvement vis à vis de Michel  Labéguerie. Mais depuis assez longtemps de nombreux Basques des deux côtés de la Bidassoa, non avertis, nous posent des questions à ce sujet. Nous avons attendu, d’échéance en échéance, tantôt pour ne pas couper complètement les ponts, tantôt dans l’espoir que, peut-être, il pouvait encore servir la cause à sa façon.

Aujourd’hui, ayant laissé passer l’échéance des législatives dans la plus stricte neutralité à son égard, nous pouvons faire le point en toute sérénité. Nous ne jugeons pas, nous constatons et nous exposons des faits, laissant au public le soin de se faire lui-même une opinion sur une évolution politique qui a son importance dans la lutte de libération nationale d’Euzkadi

 

D’Embata à  Enbata

En avril 1960, M. Labéguerie, Ximun Haran et un prêtre basque décident d’éditer un journal nationaliste basque. Ils voient dans l’association des étudiants basques Embata une possibilité d’élargir le combat qu’ils entendent mener.  A l’occasion de l’assemblée générale de cette association, M. Labéguerie, président de l’Eskualzaleen Bilzarra annonce : « Nous devons faire Euzadi des deux côtés de la Bidassoa. En 1936, il y a eu au Sud un gouvernement basque présidé par Agirre. Un jour, il y aura un nouvel Agirre. Les Basques doivent prendre exemple sur les Juifs qui ont fait l’Etat d’Israël dans la patrie de leurs ancêtres. Il faut aux Basques des fous lucides comme Ben Gourion… »

Ce premier numéro paraît en septembre 1960 et est distribué par les étudiants à l’assemblée d’Eskualzaleen Biltzarra d’Arbouet, avec l’assentiment de Michel Labéguerie qui préside cette journée. Embata fait scandale par ses opinions qui sont d’emblée nationalistes basques et fédéralistes européennes.

Au trio initial viennent s’adjoindre de nouveaux abertzale : Michel Burucoa, Michel Eppherre, Jakes Abeberry, J.-L. Davant. Certains étudiants ne sont pas d’accord pour qu’il y ait confusion entre l’association qui groupe les étudiants basques de toutes opinions et le nouveau journal, dont les thèses politiques ne sont pas admises de tous. En conséquence, après une réunion qui, en décembre 1960, au Musée basque de Bayonne, permet aux jeunes et aux anciens de confronter leurs points de vue divergents, les responsables du journal Embata changent son titre en Enbata pour qu’il ne puisse pas être confondu avec l’association «apolitique» des étudiants basques Embata tout en conservant une appellation dont ils avaient la paternité.

 

Euzkadi seule est notre patrie

Le groupe se réunit chaque mois chez l’un ou chez l’autre. Plusieurs réunions ont lieu chez Michel Labéguerie à Cambo. On s’y informe mutuellement, on y lit les projets d’articles pour le journal, on y discute avec passion. Progressivement, il se forme ainsi une équipe d’amis dévoués qui créent une doctrine, qui éveillent des sympathisants. Le lundi de Pentecôte 1961, le groupe se réunit au trinquet d’Amotz, pour une journée de réflexion et de détente. Les épouses et les fiancées y participent. Pendant le repas, Labéguerie nous chante pour la première fois, en s’accompagnant à la guitare, son chant patriotique qui est aujourd’hui le chant de la Résistance de toute la jeunesse d’Euzkadi :

« Gu gira Euzkadiko gazteri berria,

Euzkadi bakarra da gure aberria !

Nous sommes la nouvelle jeunesse basque,

Euzkadi seule est notre patrie ! »

Ce chant paraît dans le journal Enbata de juin 1961 sous la signature d’Aldategi, Michel Labéguerie publie dans le journal Enbata divers articles sous le même pseudonyme. En juin, c’est le lancement de la campagne de défrichement à Arbouet. Une importante manifestation réunit gens du pays et notables : préfet, parlementaires, conseillers généraux, maires… Enbata y est invité par l’intermédiaire de Labéguerie. Un soir de septembre, les sept et leurs épouses et fiancées fêtent chez Burucoa à Arbouet, l’anniversaire de la création d’Enbata. Ce repas anniversaire se répètera jusqu’en 1963 inclus, avec la présence effective de Michel Labéguerie.

Le 28 septembre 1961, Enbata organise un dîner-débat au restaurant Diron à Hasparren, traitant des problèmes agricoles en Pays Basque, avec une vingtaine de jeunes, pour la plupart syndicalistes et techniciens agricoles. Labéguerie est là, à la place d’honneur. Des problèmes professionnels, la discussion glisse finalement sur les questions politiques. Michel Labéguerie et Jakes Abeberry soutiennent les thèses d’Enbata. La réunion se termine par des bertsus et les chants patriotiques d’Aldategi-Labéguerie.

Le lundi de Pâques 1962, Aberri Eguna officieux à Itxassou. Il est décidé que certains membres de notre equipe (Labéguerie, Burucoa, Michel Eppherre et le septième homme) resteront dans l'anonymat pour le moment afin de réserver une équipe de rechange au cas où la situation le demanderait. Le Congrès groupe une soixantaine de personnes. Des exposés sont faits par J. Abeberry, J.-L. Davant, et X. Haran. Dans le débat qui suit, Labéguerie prend violemment à partie les élus, leur manque de courage et d'intérêt pour la chose basque. Suit un repas qui groupe environ 120 personnes : congressistes, sympathisants, Basques du Sud. Michel Eppherre, Telesforo Monzon (ancien ministre du Gouvernement basque) et Labéguerie prennent successivement la parole pour exalter Euzkadi, la patrie des Basques, le droit à l'unité et à l'autogestion des sept provinces. Le matin, un Comité de quinze membres a été élu avec mission de préparer pendant une année les bases d'un mouvement officiel. Il se réunira au moins une fois par mois. Labéguerie y participera régulièrement.

Pour fêter l'ouverture de sa pharmacie, à Hendaye, X. Haran invite en octobre 1962 toute l'équipe Enbata et ses premiers sympathisants à un zikiro (mouton grillé) dans une ferme d'Espelette, retenue par Labéguerie. Parmi les invités, une dizaine de réfugiés d'ETA et leurs épouses. On apprend, la veille, qu'une mesure d'éloignement du Pays Basque frappe quatre péninsulaires. Il est décidé de mettre tout en œuvre pour alerter l'opinion publique et de tenter toutes les démarches possibles afin d'annuler ces mesures. Chacun se cotise pour alimenter une première caisse de secours et l'on s'organise. Michel Labéguerie, déjà en rapport avec M. Errecart pour la préparation des législatives qui approchent, se charge d'obtenir l'adhésion de ce dernier pour la création d'une «Association basque des droits de la personne humaine» qui lancera une pétition publique de protestation. Trois personnalités prennent ainsi la tête de cette campagne: Monseigneur Mathieu, Jean Errecart et Paul Dutournier. Michel Labéguerie collabora notamment, au trinquet Maïtena de Saint-Jean-de-Luz, à la rédaction d'une lettre de protestation de cette association signée par Paul Dutournier et adressée à M. Roger Frey, ministre français de l'Intérieur. Durant les premières années d'Enbata, Michel Labéguerie se lie d'amitié avec quatre jeunes réfugiés d'ETA et leurs épouses: MM. Benito del Valle, Alvarez Enparantza, Irigaray et Madariaga. Tous les samedis ils se retrouveront pour dîner ensemble. Pendant l'automne 1962, l'Assemblée Nationale française est dissoute. Ses coéquipiers d'Enbata poussent Labéguerie à se présenter. Il veut la caution de Errecart.

 

Le nouvel Agirre

Entre Labéguerie et Camino, député sortant du Pays Basque Intérieur, se profile un troisième homme, Michel Inchauspe. Les deux Michel font appel à l'arbitrage des conseillers généraux basques de tendance MRP. Ceux-ci optent pour Labéguerie et patronnent la candidature. Ce sont Errecart, Madré, Salagoity, Etcheverry-Ainchart, Ospital. Ce dernier devient alors suppléant de Labéguerie. L'équipe Enbata soutient à fond Labéguerie, qui se présente sans étiquette nationaliste basque. Il doit être un nationaliste camouflé, selon un accord verbal convenu entre tous. On peut se demander si tous les malentendus ultérieurs ne sont pas en germe dans cette tactique ambiguë: aucun engagement écrit, aucun programme minimum...

Quelques exemples du concours, sans réserve, apporté par Enbata: Mme Davant assure, chez Labéguerie, pendant trois semaines le secrétariat électoral de Labéguerie. J.-L. Davant écrit plusieurs articles dans le journal électoral Eskuz-Esku. Jakes Abeberry réalise le journal Eskuz Esku, fait les affiches électorales et les professions de foi, met en forme avec Labéguerie son programme électoral, accompagne ce dernier à Paris, pour son inscription, etc. Militants et sympathisants Enbata participent au pliage et à l'expédition d'Eskuz-Esku, à l'affichage, font la claque dans les réunions les plus difficiles (par exemple Hasparren), etc. De nombreux Basques péninsulaires réfugiés participent plus discrètement à cette campagne. Chez Labéguerie, ils assureront le pliage et l'expédition d'Eskuz-Esku et un abertzale de Saint-Sébastien donne cent mille anciens francs.

Dans le cadre de l'accord verbal qui nous lie à Labéguerie, Enbata ne prend pas officiellement position en sa faveur afin de ne pas le gêner. Dans le numéro d'avant les élections, nous recommandons simplement de voter pour la jeunesse et le dynamisme. Cette simple allusion paraît encore trop claire à Michel Labéguerie qui demande et obtient à ce que soit retardé et réimprimé ce numéro. L'équipe adverse base sa campagne sur «l'antiséparatisme». Labéguerie est élu triomphalement au premier tour. Son élection est annoncée par la RTF comme celle d'un séparatiste basque.

Peu après, réunion de l'équipe rédactionnelle d'Enbata chez Burucoa. Comme tous les mois, Labéguerie est là, au retour de son premier voyage au Parlement de Paris. Il nous relate ses premières impressions de couloirs et son entrevue avec le Sous-Préfet de Bayonne: Nautin. En janvier 1963, réunion préparatoire de l'Aberri Eguna par le comité directeur officieux d'Enbata, au 14 rue des Cordeliers.

L'on décide de rédiger une Charte solennelle des Basques. La mise en forme de ce texte se fait un soir chez Burucoa. Il y a huit participants, dont Labéguerie, à cette reunion. Le texte de la Charte est rédigé en commun, il deviendra la Charte d'Itxassou. De plus, Labéguerie propose un texte qu'il a amené et qui revendique dans la première étape, la création d'un département basque doté d'un statut de l'eskuara; dans la deuxième étape, l'unification des sept provinces basques dans une région autonome de l'Europe unie, fédérée aux autres entités européennes. Ce texte est adopté. Il deviendra la Motion politique de base du mouvement Enbata.

Le 15 avril 1963, lundi de Pâques, Aberri Eguna solennel à Itxassou. Un millier de personnes votent la Charte et la Motion, puis élisent un comité directeur de 21 membres pour animer le mouvement Enbata qui vient de naître et dont ils approuvent les statuts qui seront déposés et agréés à la sous-préfecture de Bayonne. Ce premier congrès national du mouvement Enbata est dirigé par Michel Eppherre. Y participent des délégations européennes et canadiennes de mouvements similaires au nôtre. Chaque délégué est l'invité personnel des dirigeants Enbata. Michel Labéguerie, quant à lui, accueillera dans sa maison un nationaliste flamand de la Volksunie.

Pendant le repas, à l'heure des toasts, Labéguerie se lève pour exalter le droit des Basques à l'unité et à l'autogouvernement dans l'Europe unie. Une ovation délirante accueille son intervention. Labéguerie personnalise les espoirs de la jeunesse d'Euzkadi nord et les aspirations de celle d'Euzkadi sud qui le considère comme son futur Lehendakari. La naissance d'Enbata, à laquelle il a participé en Euzkadi nord, ses chansons patriotiques et son élection triomphale à la députation ont en très peu de temps, contribué à redonner espoir à nos frères du Sud. La mort d'Agirre laisse un vide. Beaucoup voient alors en Labéguerie le nouveau Lehendakari du peuple basque. Nous avons assisté à de nombreuses démarches émouvantes de Basques du Sud, militants nationalistes, industriels ou ouvriers, artistes, intellectuels, assurant Labéguerie de son rôle historique. Les invitations se multiplient au Sud, dans les clubs, les cercles culturels, etc. Il sera l'objet d'une réception inoubliable dans un Club de St-Sébastien, puis à l'Association des Txistulari. Puis, tout à coup, ne répondra plus à ces sollicitations répétées. Plus tard, à la mémoire de sa femme, décédée, les «abertzale» de St-Sébastien organiseront dans leur ville une messe. Il y sera présent et sera l'hommage touchant de tous les patriotes.

Le 23 mai 1963, jour le l'Ascension, à Bayonne, manifestation en faveur des Forges du Boucau. Devant 2000 personnes et les notables des Basses-Pyrénées et des Landes, Labéguerie préconise l'axe Bilbao-Le Boucau-Lacq qui figure au programme économique d'Enbata. Nous exultons. Mais ce sera sans lendemain.

 

Labéguerie s'éloigne d'Enbata

En juillet 1963, élections cantonales à Hasparren pour remplacer Madré qui vIent de décéder. Après le retrait de Pochelu, en faveur de Darraïdou, les principaux candidats en présence sont Andrein, maire d'Hasparren et Darraïdou, jeune médecin. Enbata écrit à l'un et à l'autre en leur demandant de prendre position sur le projet du département basque et de statut de l'eskuara. Andrein nous renvoie notre lettre. Darraïdou ne nous répond pas. Nous lui écrivons de nouveau pour le contacter aussi discrètement qu'il le voudra. Toujours pas de réponse. Labéguerie, qui soutient sa candidature, nous promet de ménager une rencontre avec Darraïdou. Aucune suite. En désespoir de cause, le Comité Directeur vote une prise de position publique en faveur de Darraïdou eu égard à la priorité basque qu'il exprime dans ses écrits. Il y aura un affichage et des communiqués de presse invitant nos amis à voter pour lui. Darraidou est élu.

Le mardi 23 juillet, Labéguerie manifeste son mécontentement vis à vis d'Enbata, à cause de la prise de position publique du mouvement en faveur de Darraïdou : «Il faut éliminer Haran et J. Abeberry». La cassure est pratiquement réalisée entre Labéguerie et certains dirigeants d'Enbata. Elle ne fera que s'accentuer par la suite en affectant progressivement l'ensemble du mouvement. Seul, Michel Eppherre suivra Labéguerie.

 

Tactique ou mutation profonde?

Désormais de nombreuses tentatives de dialogue se soldent par autant d'échecs. Il n'y a plus de doute, Labéguerie n'est plus Enbata. Mais restera-t-il nationaliste basque? Certes, au départ, le différent est d'ordre tactique: Labéguerie entend agir en faveur d'Euzkadi par l'habileté, le réformisme, la conciliation, à l'intérieur du système existant. Mais bientôt, il semble contester le rôle révolutionnaire qu'il préconisait tout d'abord pour Enbata: celui de militer ouvertement pour Euzkadi.

Et finalement, la vie publique du nouvel Agirre se déroulera comme s'il ne croyait plus en la possibilité de construire Euzkadi. La tactique est devenue stratégie, puis idéologie. Il semble que Labéguerie ait fini par être la victime de sa tactique, l'obligé de ses nouveaux alliés politiques et l'otage du système centraliste.

A sa propre demande, Labéguerie participe à la réunion du comité directeur de janvier 1964, au cours de laquelle nous tentons de définir la position du mouvement face aux prochaines cantonales du 8 mars. Labéguerie sera candidat dans le canton d'Espelette. Il ne veut pas de l'étiquette Enbata car dit-il, «entré dans la vie publique sans étiquette, j'entends demeurer un homme libre hors de toute formation». Il ne refusera pourtant pas, plus tard, une autre étiquette, celle française du Centre Démocrate. Sa position sera : «Avec ou sans Enbata, je serai élu».

Etcheverry-Ainchart et Haran acceptent de se présenter avec l'étiquette Enbata, respectivement à Baigorry et à Saint-Jean-de-Luz. Labéguerie, bien que sollicité, refuse d'aider Haran, même de faire simplement acte de présence à une de ses réunions. Par contre, il soutient Salagoïty, dans le canton de Bidache.

A l'Aberri-Eguna de 1964, Labéguerie se fait excuser. Sa femme est gravement malade.

Grand débat à l'Assemblée Nationale sur la création de cinq nouveaux départements dans la région parisienne. La conjoncture est favorable. Le 24 avril 1964, à la suite d'une décision du comité directeur, J.-L. Davant, E. Etchamendy et J. Goyenetche vont voir Labéguerie pour lui demander d'intervenir dans ce débat en faveur du département basque et d'un statut le l'eskuara. Sa réponse est catégorique : «Non». Le statut de I'eskuara, il l'écarte d'emblée de la conversation comme illégal car «l'éventualité d'un tel statut n'est pas prévue par la Constitution française ». Nous sommes loin de la motion qu'il a rédigée deux ans plus tôt!

Mai 1964, congrès départemental du MRP à Hasparren, cinéma Argi. L’après-midi, séance ouverte au public, sous les auspices du «Centre Démocratique». Labéguerie expose brillamment le problème basque du Nord sans faire aucune allusion au Sud et son exposé ne débouche sur aucune conclusion pratique.

En juin, inauguration du «Secrétariat basque» (Eskual Idazkaritza), au 14 rue des Cordeliers. Le Secrétariat basque est fondé et animé par des Basques péninsulaires réfugiés et des dirigeants d'Enbata. Labéguerie est porté, par eux, à la présidence. Dans son discours inaugural, il annonce qu'il n'hésitera pas à désavouer ses amis si leurs agissements ne sont pas conformes à la ligne, que lui juge orthodoxe (quelle est cette ligne?). Malaise général, commentaires bruyants, énervement ou consternation dans le public et dans la presse.

En novembre, commence une nouvelle affaire des quatre Basques : Txillardegi, Benito del Valle, Madariaga et Irigaray, militants de ETA et amis personnels de Labéguerie, sont frappés d'un arrêt d'expulsion.

Madariaga apprend la nouvelle à Marly-le-Roy où il participe à un stage européen avec divers Enbata dont Burucoa, J. Abeberry et Haran. Ces derniers rentrent immédiatement en Pays Basque avec Madariaga. Au départ, ils rencontrent Labéguerie au Palais Bourbon et lui rappellent son engagement de protéger personnellement ses amis réfugiés. Il est de marbre. Cependant un certain nombre de Basques réagissent vivement. Le préfet semble reculer. Puis il axe sa campagne de presse sur l'aspect «droit commun» de l'affaire en ce qui concerne Irigaray et Madariaga. Les élus capitulent pratiquement et l'affaire tourne à l'avantage du préfet. Au procès, Madariaga et Irigaray, Labéguerie est cité comme témoin. Il affirme que les inculpés n'ont agi que par patriotisme basque. Mais il prend publiquement ses distances, dans le prétoire puis dans la presse, par rapport à Enbata.

 

Inconditionnel… de la France

En 1965, apparaît un nouveau mouvement politique basque, le MDB, dont le journal s'appelle Indar Berri, qui signifie Force nouvelle (Force nouvelle est également le titre de l'organe du MRP français). Indar Berri consacre une longue interview à Labéguerie.

Quelles sont les relations exactes de Labéguerie avec le MDB? A l'un et à l'autre de répondre et d'éclairer l'opinion comme nous le faisons nous-mêmes en ce qui nous concerne. Labéguerie lui, adhère au Centre Démocrate. Au premier, tour des élections présidentielles, il soutient la candidature de Lecanuet.

Labéguerie n'était pas à l'Aberri-Eguna en 1965. Il n'y sera pas non plus en 1966 ni en 1967. Cette journée est pourtant ouverte à tous les Basques, elle n'est pas strictement Enbata et d'autant moins que, depuis 1964, le congrès national (assemblée générale de ce mouvement) n'a pas lieu le jour de la patrie basque.

Juin 1966, dans le cadre d'une tournée de conférences, Lecanuet s'adresse, à Plaza-Bern de Biarritz à un millier de personnes. Le bureau d'Enbata charge Jakes Abeberry de demander au leader du Centre Démocrate s'il serait en faveur d'un département basque et de l'enseignement obligatoire de l'eskuara. Lecanuet répond négativement sur l'un et l'autre point. A ses côtés, pourtant, Michel Labéguerie, président de l'association de défense de l'eskuara. Ceci n'empêche pas Labéguerie de participer à la création du Centre Démocrate des Basses-Pyrénées. Il n'y a même pas une fédération «Pays Basque» dans ce mouvement qui est un parti parisien centraliste au même titre que l'UNR.

Et le dimanche 11 décembre 1966, lors de la convention départementale du Centre Démocrate, à Saint-Palais, au terme de la journée, M. Labéguerie remercie les congressistes de l'amitié et de la sympathie manifestée aux deux députés du Centre Démocrate qui furent les premiers à préconiser la candidature de Jean Lecanuet : «Pierre Sallenave et moi, nous continuerons à servir, quoi qu'il arrive, en INCONDITIONNELS de la démocratie, du progrès social, de la FRANCE et de l'Europe» (Basque-Eclair du lundi 12 décembre 1966).

 

 

Labéguerie est-il encore abertzale?

Lors des législatives de mars 1967, Enbata décide de présenter des candidats dans les deux circonscriptions d'Euzkadi Nord parce qu'à nos yeux il n'y a pas d'autres nationalistes basques en lice. Notre attitude pendant la campagne électorale est toute de neutralité et de courtoisie vis-à-vis de tous les autres candidats.

Au deuxième tour, Enbata laisse ses électeurs libres de leur choix. Mais pour information, nous demandons aux candidats en présence de se prononcer par rapport à un programme en cinq points: Association des élus basques, département Pays Basque, région économique des sept provinces basques, Euzkadi dans les Etats-Unis d'Europe, enseignement obligatoire de l'eskuara. Labéguerie dit oui à l'Association des élus et à la région économique basque, non au département et à l'Etat Euzkadi dans les Etats-Unis d'Europe et non à l'enseignement obligatoire de l'eskuara.

 

±

 

Nous voici arrivés au terme de ce périple, qui ne se veut pas exhaustif à travers le nationalisme basque d'Euzkadi Nord et l'attitude de Labéguerie depuis la naissance d'Enbata.

Nous tenons à le répéter: nous ne jugeons pas un homme. Nous constatons des faits et une évolution politiques. Labéguerie fut un authentique nationaliste basque. L'est-il encore ? Lui seul pourrait répondre avec certitude sur ce point. Il n'en reste pas moins qu'en 1963, il chantait : «Euzkadi bakarra da gure aberria » (Euzkadi seule est notre patrie) et qu'en 1966, il s'affirme comme un INCONDITIONNEL DE LA FRANCE.

Entre deux attitudes aussi opposées, n'y a-t-il pas une mutation profonde ? Peut-on être à la fois un nationaliste basque (un abertzale) et un inconditionnel de la France ?

Aux Basques d'en juger.

Enbata

 

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